JOSEPH MEISTER (1876 – 1940)

JOSEPH-MEISTERCe lundi 6 juillet 1885, la femme du boulanger de Steige, Angélique Meister, se présente au laboratoire de Pasteur, rue d’Ulm, accompagné de son fils Joseph âgé de 9 ans et de Théodore Vonne, épicier aubergiste au village voisin de Meissengott (Précisons qu’en 1919, après la première guerre mondiale, le village de Meissengott reprit son nom traditionnel de Maisonsgoutte et que c’est ainsi qu’on doit le désigner aujourd’hui.). Quarante-huit heures plus tôt, le chien enragé de Théodore Vonne a légèrement mordu son maître et très cruellement le petit Joseph. Pasteur va-t-il pouvoir les traiter et les protéger contre la rage, comme il l’a déjà fait à des chiens ?

 

 

Reportons nous au samedi précédent. Ce 4 juillet, Joseph Meister, fils du boulanger de Steige, va comme il le fait régulièrement à la brasserie Witz à Meissengott distante de quelques kilomètres, chercher de la levure. Arrivé au village il est agressé par le chien de l’épicier qui le mord aux jambes et au bras droit en 14 endroits différents. Vonne accourt, est mordu à son tour, mais très légèrement à travers ses vêtements. Avec la mère de Joseph prévenue aussitôt, ils se rendent tous les trois chez le Dr Weber, médecin exerçant à Villé. Celui-ci désinfecte à l’acide phénique les plaies de Joseph, mais devant la gravité et le nombre des blessures, il laisse peu d’espoir à sa maman. La rage est malheureusement fréquente en Alsace et l’on en sait bien les conséquences, aussi conseille-t-il d’aller à Paris consulter Pasteur ; il connaît en effet le succès de son traitement de vaccination antirabique et il espère qu’il pourra l’appliquer à Joseph.

Pasteur qui n’a traité que des chiens, n’est pas médecin et hésite à passer à l’homme, mais il considère Joseph comme perdu ; aussi prend-il l’avis de deux éminents collègues ; d’une part, le Dr A. Vulpian de l’Académie des Sciences qui, en qualité de membre de la commission ministérielle de la rage, a bien suivi ses travaux, et d’autre part le Dr J. Grancher, professeur et pédiatre réputé. Ces deux médecins le confortent dans sa décision et dès 8 heures, le soir même, Grancher commence avec son nouveau vaccin, à traiter Joseph, hébergé avec sa mère à l’annexe Rollin du laboratoire de Pasteur. Vonne n’est pas traité, et renvoyé, car il ne présente pas de blessure réelle. Les inoculations sont poursuivies pendant 10 jours avec le succès que l’on sait.

Pasteur entretiendra avec le petit Alsacien une correspondance affectueuse et paternelle. Il suivra l’évolution de sa santé avec une grande attention. Joseph Meister sera par la suite engagé à l’Institut Pasteur en qualité de gardien et ce, jusqu’en mars 1940, date à laquelle il se suicidera lors de l’entrée des Allemand à Paris.

Le second vacciné, Jean-Baptiste Jupille, berger de 14 ans de Villers-Farlay (Jura), sera sauvé par un traitement entrepris le 20 octobre. Il sera lui aussi employé à l’Institut Pasteur en qualité de concierge. Sa renommée sera plus grande que celle de Meister qui restera très effacé, et le public confondra souvent les deux hommes. En effet, les conditions dans lesquelles il fut blessé (lors d’un combat avec un chien enragé entrepris pour protéger ses jeunes camarades) lui valurent immédiatement une grande célébrité. Une statue en bronze, oeuvre du sculpteur E.L. Truffot, fut érigée en son honneur et placée dans le jardin de l’Institut, près de sa loge. Portant un bel uniforme, il fut souvent photographié par les visiteurs et les journalistes.

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D’autres vaccinés plus ou moins célèbres suivront et parmi ceux-ci notamment les « russes de Smolensk » mordus par un loup enragé. Leur long voyage, leur tenue originale et le succès du traitement leur valurent d’apparaître dans maints reportages.

 

 

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