La Chapelle

chapelleL’actuelle chapelle du cimetière de Steige constitue le dernier témoin de l’église primitive du village. Celle-ci, construite à la fin du 17e siècle, est agrandie (1719-1720), puis subit les vicissitudes de la Révolution lorsqu’elle est transformée en « temple de l’être suprême » puis en étable. Rendue au culte, elle se révèle trop exiguë en raison de la pression démographique du 19e siècle. Un long et tumultueux débat entre les partisans d’un agrandissement et ceux d’une nouvelle construction au centre du village tourne à l’avantage de ces derniers Ce n’est qu’en mai 1877, le lundi des rogations, que l’ancienne église tombe sous la pioche des démolisseurs, hormis le choeur. Dotée la même année d’une tour, elle devient dès lors chapelle mortuaire.

Le bâtiment se compose donc de l’ancien choeur pentagonal précédé d’une tour-clocher carré. Des chaînages d’angle suggèrent une certaine robustesse. Les ouvertures se dessinent en plein cintre, triples au premier étage de la face ouest, géminées au second étage. Un toit pyramidal couvre la tour qui a récupéré, côté ouest, l’encadrement de la porte baroque et le fronton de l’ancienne église. La niche placée au-dessus de la porte reste vide et le millésime difficilement déchiffrable. Seul le monogramme du Christ IHS se lit encore. Les deux battants de porte sont joliment moulurés.

L’intérieur, abondamment éclairé par deux baies vitrées – d’autres ont été fermées lors de la transformation – frappe essentiellement par la beauté de la cuve baptismale, un joyau que l’on pourrait dater du 12e siècle et inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

Sur un socle carré dont les angles biseautés reçoivent chacun une grosse perle, couronné par une moulure rappelant un gros cordage de marine, est placé, consolidé par des ancrages métalliques, un fût qui s’élève en s’évasant en un polygone aux faces multiples. Un couvercle en bois ferme la cuve. Celle-ci constitue le joyau de la chapelle, ornemental certes, mais également symbolique comme l’était toujours la sculpture romane.

Sur le socle, nous découvrons des formes en trapèze, en triangle, en rectangle. Ainsi, le rectangle de la pierre brute se transforme-t-il en trapèze. Les faces triangulaires une fois dégagées, le sculpteur y a placé les sphères. Plus en hauteur, nous trouvons un feston de rayures inclinées : quatre faces, quatre éléments terrestres. La terre est rappelée par ces sphères inscrites dans les angles transformés en triangle ; Terre des hommes façonnée par le divin, ceinturée, ancrée, animée. Puis ce sont les multiples facettes rectangulaires, plate les unes, inclinées les autres, calices de fleur, source de fécondité, facettes de diamant qui scintille. Ainsi, à l’impression trapue et massive de la base répond au-dessus du bourrelet du fût, la multiplicité, le foisonnement de la vie qui jaillit de ces formes géométriques : éveil à la vie de l’esprit par l’eau du baptême après la naissance à la vie physique, métamorphose du terrestre pour le divin. Voici désormais le corps lié, amarré par un cordage indestructible à ce qui le place au-dessus des éléments matériels, au spirituel, à l’esprit. Enchaîné par sa naissance aux quatre éléments, l’homme s’élève par le souffle de l’esprit en un mouvement de perfectionnement continu et circulaire vers la multiplicité de toutes les facettes d’un monde indéfiniment renouvelé. Tel est le sens que nous lisons dans la structure de cette cuve baptismale, dans ce passage du carré au cercle, dans ce jeu de formes rectangulaires, triangulaires et sphériques. Elle est symbole de l’incarnation, lien entre ciel et terre, retour du créé vers le non-créé, de la créature vers son créateur, de celui qui fut vers celui qui est.

L’intérieur de l’ancien choeur est circulaire, et non pas polygonal comme au-dehors. L’autel épouse cette forme arrondie. Quatre angelots reposent sur autant de colonnes peintes en faux marbre. Nous y retrouvons l’image déjà portée sur le fronton : une colombe entourée de volutes de nuage, l’esprit du commencement et de la fin, Alpha et Omega entrelacés. Au-dessous, un grand tableau peint par Frantz Joseph Stöber, daté de 1808 et restauré en 1878. Il représente Marie-Madeleine agenouillée, les cheveux pendants, le manteau rejeté. Son regard s’élève vers la croix qu’ange descendu des cieux entrouverts lui présente. La pécheresse repentie, retirée au désert dans une grotte, voit devant elle un crâne, une racine et deux glands. Un filet d’eau sort de la paroi rocheuse. Un arbre a été écimé, brisé, mais présente des rejets verdoyants. Deux angelots jouent sur les nuages. Sur un rocher poussent deux chardons, image de la souffrance immanente, librement acceptée, qui porte en elle l’assurance d’un bonheur dans l’au-delà, suggéré par le jeu des anges et la lumière descendue des cieux.

Dans le mur sont engagés deux consoles qui sont peut-être les vestiges des chapiteaux de deux colonnes romanes. On note également une fontaine lustrale, avec arc en plein cintre, taillée dans un seul bloc de pierre.

Plusieurs tableaux décorent également les murs : un Sacré Coeur, le coeur de Marie, Saint Joseph le charpentier – portant maillet et ciseau – soutenant l’enfant qui tient le globe, l’Immaculée Conception de la Vierge Marie qui écrase le serpent de son pied gauche.

Modeste d’aspect, mais riche de symboles et d’histoire, la chapelle du cimetière de Steige mérite assurément une visite.

Nous pouvons admirer la persévérance, la ténacité des Steigeois du XIXe siècle qui, malgré leur pauvreté, ont construit en l’espace de 30 ans (1848-1878) et avec nombre de difficultés le presbytère les écoles et la maison de Dieu.

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